Il est probablement un peu tôt pour dire que la Bentley Arnage est une voiture de légende. Pourtant, tout dans son histoire mouvementée, ses finitions et ses performances pousse à le dire. Monter dans une Arnage, voire mieux la conduire, pousse à entrer en religion ! La religion du Bentley boy, gentleman anglophile qui aime le confort du salon et les performances sportives !

Cette page a pour but de faire découvrir ce véhicule finalement assez méconnu - surtout en France - et à partager nombre d'informations glanées ici et là sur internet. Car si la Bentley Arnage n'est plus fabriquée, nul doute qu'elle va connaitre une seconde vie époustouflante sur le marché de l'occasion. Mais attention, qui dit grande berline anglaise, dit précautions !

 

Arnage post-2004 avec une old lady

 

La genèse de Bentley

Le constructeur automobile anglais Bentley fut fondé à Londres par Walter Owen Bentley en 1919. Avant la première guerre mondiale, l'homme s'était fait connaitre pour avoir développé un piston léger en aluminium, dont l'avion Sopwith Camel fut équipé. Après guerre, il continua ses efforts pour alléger les moteurs et lança ses premières voitures sportives suivies rapidement par de grandes berlines aux performances élevées.

Les années 30 et la grande dépression furent difficiles pour la maison Bentley qui fut absorbée par l'autre grand nom britannique, Rolls-Royce. La seconde guerre mondiale poussa les motoristes à se déplacer à Crewe dans le Cheshire. A la fin de la guerre, les voitures des deux maisons furent progressivement identiques (au moins pour les versions usine), exception faite de la mascotte de radiateur, de la grille du radiateur et de divers petits aménagements mineurs. Même les moteurs étaient les mêmes, à quelques réglages près.

C'est pourquoi les modèles les plus iconiques de Bentley sont aussi ceux de Rolls-Royce, comme la Bentley Type R d'après guerre (appelée Silver Dawn chez RR), la Bentley S2/S3 ( appelée Silver Cloud II /III chez RR) ou encore la Bentley Eigh (appelée Silver Spirit chez RR). Une exception notable peut être citée : la version coupé deux portes de la Bentley Type R plus connu sous le nom de Bentley Continental. A cette époque et avant la Bentley T1 monocorps, les châssis pouvaient encore être livrés à des carrossiers qui réalisaient des caisses spéciales. C'est ainsi que sous le trait aiguisé de Mulliner, Park Ward ou James Young naquirent les plus beaux coupés de tous les temps, difficilement négociables aujourd'hui sous la barre des 500 000€ !

 

         

Bentley R type Continental                                                                                                              Bentley Brooklands

 

La genèse de la Bentley Arnage

Les années 80 peuvent être considérées par bien des aspects comme curieuses du point de vue du style et du goût. Et avec une durée de vie assez longue des modèles (environ 10ans), les constructeurs Rolls-Royce et Bentley avaient besoin d'un nouveau modèle pour la décennie 90/2000. La maison mère de l'époque, l'avionneur Vickers, avait décidé de faire table rase du passé, notamment au niveau motorisation, pour proposer des véhicules plus équilibrés et moins consommateurs en carburants. Ce qui peut après coup être considéré comme dommageable pour l'image de marque de ces maisons, historiquement des motoristes !

C'est ainsi qu'au début des années 90, les motoristes de Crewe passèrent en revue de nombreuses solutions achetées auprès de constructeurs tiers (et concurrents). Les blocs haut de gamme de General Motors, Mercedes et BMW furent ainsi testés. Deux moteurs de chez BMW furent alors sélectionnés. Rolls-Royce utiliserait un V12 5.4L à simple carburateur et boite automatique ZF à 5 rapports pour la Silver Seraph et Bentley utiliserait un V8 4.4L avec même boite automatique pour l'Arnage. Seulement, la différence de puissance par rapport à l'ancien bloc 6.75L équipant la Mulsanne aurait fait tâche. Ce bloc V8 de 4.4L BMW fut donc modifié par les ingénieurs de Cosworth (une autre entité de Vickers) et un bi-turbo lui fut ajouté pour atteindre les 349CH.

Ainsi furent annoncées/lancées la Bentley Arnage 4.4L et sa jumelle, la Silver Seraph 5.4L chez Rolls-Royce en 1997/1998. Seuls quelques éléments extérieurs permet de les différencier : calandre, jante et fond de phares avant. Le sélecteur de la boite de vitesse est par ailleurs sur la colonne de direction chez RR, au lieu d'être sur la console centrale.

La Bentley Arnage ne révolutionnait alors pas le style automobile mais faisait entrer le constructeur dans l'ère moderne. Il est à noter la position du train avant très en avant et la poupe plongeante, dessin évoquant à la fois la puissance et la tranquillité, à la différence des voitures contemporaines, toutes taillées en forme de coin, plus hautes à l'arrière qu'à l'avant. L'intérieur n'étant pas en reste. Comme d'habitude, Bentley maison conservatrice, améliore discrètement l'ancienne planche de bord (pour la rendre principalement moins massive) mais la disposition intérieure reste très similaire aux modèles précédents.

 

         

Bentley Arnage 4.4L                                                                                                                    Rolls-Royce Silver Seraph 5.4L

 

Le rachat de Bentley

C'est exactement à ce moment là que Vickers rendit public son projet de vendre Rolls-Royce et Bentley. Une bataille acharnée eu lieu entre les grands constructeurs européens et mondiaux pour reprendre ces fleurons. Dans cette bataille, BMW avait beaucoup à perdre et il menaça le futur repreneur d'arrêter la livraison des blocs moteurs.

Cet imbroglio fut réglé lorsque BMW acquit les droits séparés sur Rolls-Royce (dont le nom pour l'automobile est accordé sous licence par le motoriste d'avion Rolls-Royce PLC, complètement indépendant de cette aventure). Bentley fut de son côté acheté par un autre allemand, Wolkswagen.

Wolkswagen, nouvelle maison mère de Bentley a vite compris qu'il n'était plus possible de proposer une motorisation concurrente pour son fleuron. Par ailleurs, les ventes de la Bentley Arnage s'essoufflèrent vite devant la crainte de ne pas trouver de pièces détachées. Comme aucun moteur satisfaisant n'était disponible (le W12 de la Wolkswagen Phaeton arrivera bien plus tard), les ingénieurs de Bentley ressortirent le vieux 6.75L d'origine Rolls-Royce. Seulement ce bloc avait été introduit en 1959 avec la Bentley S2 et malgré une cascade de mises à jour, il était très polluant et consommateur en carburant.

Pour répondre aux critères environnementaux, le bloc moteur fut repensé à grands frais. Par ailleurs, il pesait 300kg de plus que le bloc moteur BMW. Cela a imposé de revoir complètement le châssis, les suspensions et le système de freinage. Les pneumatiques ont aussi dû être élargis pour mieux absorber la route.

C'est ainsi qu'en Septembre 1999 furent lancées deux 'nouvelles' Arnage : la Green Label équipée du moteur BMW et la Red Label équipée du modèle original de Bentley, le fameux 6 trois quart, signé par le mécanicien !

 

         

Le fameux moteur 6.75L                                                                                                            Un intérieur tout de cuir, de bois et de laine !

 

 

Green Label contre Red Label

A ce stade, faisons un point sur les différences entre les deux versions. Notons tout d'abord les évolutions conjointes. Car la Bentley Arnage s'est vue adjoindre au lancement des deux versions un nombre de petites améliorations dans l'air du temps : le GPS Alpine rétractable logé dans la casquette du tableau de bord (dommage pour les puristes qui regrettent la beauté de cette grande langue de cuir), un meilleur aménagement du confort arrière, les rétroviseurs rabattables électriquement, le contrôle de distance de stationnement avant et arrière, l'amélioration de la direction assistée et des phares avant en plastiques et non plus en verre (pas sûr que ça réduise le prix du SAV).

A partir de là, la guerre entre amateurs est déclarée, entre ceux pour ou contre la motorisation BMW. Passons en revue les avantages et inconvénients.

Le modèle Green Label équipé d'un V8 4.4L BMW (353CH) a pour lui un coût d'entretien plus raisonnable du fait de pièces détachées plus disponibles (et communes souvent avec les BMW 750). Sa consommation de carburant est aussi plus réduite, grâce à une cylindrée plus faible, grâce à ses 32 soupapes, grâce à une boite de vitesse moderne à 5 rapports, grâce à une régulation électronique Bosch, grâce à un point total plus léger.

Ceci dit, il ne faut pas oublier que l'Arnage Green Label mesure 5m39 de long et pèse 2300kg. Dès lors, certains clients et journalistes ont décrié le manque de punch et de reprise de cette version. Pour un utilisateur classique, l'agrément de conduite sera pourtant supérieur, le véhicule se montrant agile (avec une vitesse de pointe de 240km/h tout de même), dû à une motorisation objectivement plus moderne.

Comme la Green Label fut rapidement abandonnée, seules les Bentley Arnage du début se présentent sous cette version. On regrettera alors de ne pouvoir profiter des raffinements ultérieurs, des nouvelles jantes plus élégantes et de l'équipement GPS intégré (il l'est en partie à la place de l'autoradio). Elle est en 2016 la Bentley Arnage la plus facile à dénicher pour un prix correct. Attention aux gros kilométrages si l'entretien ne fut pas correct. Consommation de carburant évoluant entre 15 et 19L /100km.

Le modèle Red Label équipé du fameux V8 6 trois-quart (406CH) a pour lui une puissance énorme de 830 Newton/mètre et un bruit (quel bruit!) caractéristique. Il est aidé par un turbo d'origine Garett. Pour 'tenir' toute cette puissance, l'ancienne boite de vitesse General Motors à 4 rapports fit son retour. C'est en partie à regret, car elle tire trop long dans certaines circonstances, limitant les effets de reprise. Pour autant, ce monstre mécanique permit à la Bentley Arnage de se classer en tête des grandes berlines les plus puissances au monde. La Bentley Arnage Red Label est certainement le modèle le plus présent d'occasion en 2016. Ses prix varient de manière fantasque aussi il faut y regarder à deux fois, tant la profusion de modèles est important. Il faut aussi penser à la consommation de carburant, évoluant entre 17 et 23L /100km.

Un certain nombre de Bentley Red Label furent équipées de réservoir GPL dans les années 2000, lorsque c'était à la mode. Si la double carburation est intéressante (et économique), elle oblige à un contrôle technique GPL plus régulier et interdit certains parkings souterrains.

La Bentley Arnage Green Label fut arrêtée en 2000 et la Red Label refondue dans une nouvelle version en 2002.

 

         

Bentley Arnage Red Label                                                                                                            Bentley Arnage Green Label (avec les clignotants bi-ton avant 2000)

 

 

Série II

A partir de 2002, Bentley fait évoluer sa gamme en introduisant trois variantes de l'Arnage. Notons rapidement la version allongée  de 25cm (nomme RL) et disponible avec une infinité de détails dus au carrossier/sellier Mulliner. La caisse elle-même subit des modifications substantielles de hauteur et largeur, indicibles à l'œil nue, qui servirent à augmenter le volume intérieur.

Pour cette version RL, Bentley retravailla en profondeur le moteur, changeant presque la moitié des éléments pour satisfaire aux nouvelles normes de pollution. Le vieux système de contrôle moteur est remplacé par un modèle Bosch et l'ancien turbo Garrett est remplacé par deux modèles Garett plus petits.

Ces réflexions amenèrent au lancement en 2002 de la Bentley Arnage T (pour Turbo). Le châssis rigidifié et les trains roulants modifiés permirent de supporter la puissance encore augmentée du moteur grâce à deux turbo, délivrant 460CH. Ce modèle très sportif avec un moteur bien repensé enthousiasma la communauté automobile. Jeremy Clarkson de Top Gear UK eu à ce titre le bon mot : 5,5secondes pour faire 0 à 100km/h, ce n'est pas mauvais pour une sportive, mais c'est excellent pour une cathédrale !

Dans la foulée, Bentley met à jour la version Red Label, l'appelant simplement Arnage R. Cette version II plus équilibrée est d'après les amateurs plus agréable à conduire, grâce à un châssis plus rigide, la réaction routière étant meilleure.

 

         

        La version RL renoue avec les livrées bi-tons                                                                                         Version Arnage R bi-ton, un petit air de Jaguar XJ?

 

 

Nouveau look

En 2004, pour correspondre au lancement du tout nouveau coupé Bentley, la très sportive Continental GT, les équipes redessinèrent l'avant de l'Arnage. Exit donc les deux clignotants verticaux à l'avant, signature plus que british ! Deux feux séparés remplacèrent l'ancien bi-phare hérité du design de la Bentley S3. Cette modification mineure rend la Bentley Arnage encore plus désirable, juste mixte entre modernité et intemporalité. Tous les amateurs ne sont pas de cet avis.

Les versions R et T furent conservées.

En 2005 fut présenté le coupé décapotable dérivé de l'Arnage, la Bentley Azure.

Les nouveaux phares avant apporte beaucoup

 

 

Nouveau moteur et final séries

En 2007, le moteur fut encore une fois révisé. Les turbos furent changés pour des modèles Mitsubishi ainsi que la boîte de vitesse automatique, enfin moderne avec 6 vitesses. L'alésage du moteur fut augmentée également, pour passer à un V8 6.8L, dernière évolution de ce vénérable bloc. Les versions R et T furent logiquement enhardies, passant à respectivement 460 et 500CH.

En 2008, Bentley annonça la fin de fabrication du modèle pour 2009 avec des livraisons jusqu'en 2010. Pour bien faire, le constructeur met en vente une série finale de 150 exemplaires (96 furent livrés) avant de commercialiser le nouveau modèle haut de gamme, la Bentley Mulsanne, très inspirée dans sa ligne par le coupé T1...

 

         

Arnage Final Series                                                                                                                                Bentley Mulsanne

 

 

Arnage Passion compile divers sites et documents trouvés sur internet. Entre autres

- wikipedia section langue anglaise

- Turbo.fr

- Classic and Performance Car

- La Centrale.fr

- Car Enthousiast

et quatre coupures de presse Sport Auto

Je n'ai pas retrouvé toutes les sources lues au fil des mois.

 

J. Scavini - Février 2016